Kabbale et Maçonnerie

Difficile d'expliquer la relation historique qui lie et relie la Kabbale à la Maçonnerie au travers de ce réceptacle de lumière qu'est un temple.

Si le fond est indéniable, la forme ou plutôt les formes devrais-je dire, sur le regard que l'on peut poser du tandem Kabbale/Franc-Maçonnerie, est loin, bien loin de faire l'unanimité auprès des Maçons comme des Kabbalistes.

Au travers mes recherches de Maçon et mes visites dans de nombreuses loges, j'ai pu constater à quel point il pouvait y avoir de nombreux frères méconnaissant l'histoire réelle de la Franc-Maçonnerie au travers la Kabbale, et pour d'autres frères, l'obligation philosophique ou malheureusement viscérale de renier purement et simplement cette vérité de la relation Kabbale/Maçonnerie.

Quel constat d'échec... Comment peut-on se vouloir être un Maçon accompli, complet, éclairé, et comment peut-on ne pas reconnaître l'évidence même de la substance de cette union.

Tout, des apparats, des décors, des rituels, tout vient à la base de la symbolique initiatique et spirituelle de la Kabbale.

Et s'il est vrai aussi que la maçonnerie moderne est exclusivement chrétienne, nous devons nous rappeler pour cela quels furent les motifs, les besoins, les raisons pour les sociétés de l'époque, d'avoir créées, il y a maintenant 300 ans, ce qui nous réunit tous à ce jour dans nos temples respectifs.

D'une base hébraïque / Kabbaliste, nous en sommes arrivés aujourd'hui à des symboles rituéliques entrant dans un cadre, pour la majorité des loges, exclusivement chrétien.

Le trait d'union entre la kabbale et nos loges actuelles est, bien sûr, le temple de Salomon.

Par son agencement, ces proportions, son décors et ces objets symboliques qui s'y trouvent, le temple maçonnique, évoque un temple bien précis, le temple unique des Hébreux, c'est à dire le temple de Jérusalem construit par le roi Salomon qui est plus connu sous la dénomination de premier temple.

Pour les Hébreux, il était le "Beit Ha Mikdash": la maison de la sanctification.

Pour les Maçons, c'est le "temple de Salomon".

Ce temple avec son architecture, ses objets de culte, ses ouvriers, ses prêtres, a une histoire. Il fut édifié sur le mont Moriah, fut sanctifié par les prêtres, détérioré à plusieurs reprises, transformé, réparé, détruit entièrement et reconstruit par Esdra, ce fut le second temple. La majeure partie de cette épopée est relatée dans la bible.

Après la destruction du second temple en 70 de notre ère et pour le sauver de l'oubli, les Erudits et les Sages de l'époque rédigèrent des textes, des notes, des commentaires et y ajoutèrent toutes sortes de légendes. 

Les chrétiens, de leur côté, écrivirent des légendes parallèles mettant en scène la Sainte famille, Jésus et le temple de Jérusalem.

Du Xème au XIIIème siècle, les Kabbalistes, auxquels très tôt les chrétiens s'intéressèrent, transposèrent l'histoire du temple de Jérusalem à leurs manières, en l'enjolivant, en édulcorant et gommant tout ce qui se rattachait d'une manière trop forte au monde hébraïque. Tout cela fut fait de façon plus au moins secrète, puis au grand jour, dans des écrits publiés à partir du XVème siècle.

A leur tour, quelques trois siècles plus tard, les Francs-Maçons construisirent leur "dogme" sur ces écrits et en tirèrent d'autres légendes. Toutefois, l'encrage mythique de la maçonnerie moderne reste le temple de Jérusalem du roi Salomon. C'est pourquoi, pour comprendre les rituels de la Franc-Maçonnerie, et notamment, la façon dont sont fabriqués et s'articulent les 33 degrés maçonniques, il nous faut d'abord connaître la Kabbale.

Qu'est-ce que la Kabbale ?

La Kabbale est un code secret transmis pendant des siècles oralement, servant de base à la Torah orale donnée à Moïse sur le Mont Sinaï.

C'est d'abord et surtout un code réservé aux initiés avec, en exergue, le SOD. Cette ultime connaissance de la Torah représente le degré le plus subtil des quatre niveaux d'interprétation qui se nomme "Hokhmat-Nistarah" (la connaissance enfouie).

Pour interpréter la Torah, les Kabbalistes disposent, en dehors des textes sacrés, d'un alphabet de consonnes et de "numération pure", les séphiroth. Soit 22 lettres de l'alphabet + 10 séphiroth, ce qui fait 32 +1 (1 étant l'élévation spirituelle personnelle). Soit 33. Chiffre sacré parmi les chiffres correspondant à l'articulation des 33 degrés.

Ces instruments de la Kabbale se retrouvent dans l'arbre de vie, qui est la feuille de route de tout Kabbaliste.

Le Kabbaliste, pour atteindre ce plan subtil, use de plusieurs procédés : la guématria, le témoura et le tsérouf. Toutes sortes de sciences qui, à la suite de dérives édulcorées, vont servir à l'établissement des premiers rituels et reconnaissances entre Frères par divers codes et symboles. Pour une plus grande connaissance des sciences cosmiques, sciences du macrocosme, connaissance des astres, connaissance des mythes, des enseignements cachés, connaissance de l'homme, de ses origines, de son identité et de son futur dans l'univers. Toutes sortes de connaissances auxquelles nous autres, Maçons, essayons de nous les approprier par le travail fait en loge, à tout grade et quel que soit le rituel et l'obédience que nous servons.

L'arme suprême de la connaissance du Kabbaliste, est l'arbre séphirothique ou l'arbre de vie. Nous retrouvons cet arbre séphirothique dans le temple de Salomon, puis dans le temple maçonnique. Chaque Séphira se retrouve dans un symbole maçonnique. Nous retrouvons, de l'Orient à l'Occident:

  • le delta avec Kether (la couronne)

  • le soleil est Hokhmah (la sagesse)

  • la lune est Binah (l'intelligence)

  • l'autel est Daath (la connaissance)

  • la pierre cubique à pointe est Hessed (la bonté)

  • la pierre brute est Guevourah (la force)

  • le pavé mosaïque est Tiphereth (la beauté ou miséricorde)

  • la colonne Yakhin est Netsah (la victoire)

  • les colonnes Boaz est Hod (la splendeur)

  • la porte est Yessod (le fondement)

  • le parvis est Malkhout (la terre)

Tout, ou presque tout, nous rappelle les décors et attributs des temples : la couleur, la position des plateaux, les outils, les postes, sans compter les mots de passe des grades.

Entrer dans un temple maçonnique, c'est entrer dans un monde de symboles. La franc-maçonnerie est un ordre initiatique, symbolique et mystique. Le temple, quel qu'il soit, est un lieu sacré, c'est un point de rencontre entre le monde terrestre et le monde céleste. C'est pourquoi on y trouve des images du ciel, de la voute étoilée et de la terre. On y trouve également, le soleil, la lune, les chérubins, le trône céleste, les marches pour accéder à ce trône céleste, les lumières, les chandeliers et la "Shékhina". Lumière éternelle représentant la présence divine. On y trouve la mort, la naissance, la renaissance, les souffles, les émanations divines, les lignes brisées et les triangles, le triangle divin, le triangle humain esprit et le triangle humain matière. Pour que tous ces symboles puissent être compris, le Maçon va se servir de ses outils spécifiques. Tout ce qu'il y a dans un temple maçonnique nous rappelle son origine kabbaliste : les décors, les attributs, la couleur, la position des plateaux, les outils, les postes, l'initiation, les élévations, sans compter les grades, les hauts grades et les mots de passe.

Qu'est-ce qu'un Maître Maçon? Selon la tradition, c'est un tailleur de pierre, un bâtisseur de cathédrales. Il est l'enseignant du compagnon et de l'apprenti. Il a aussi la capacité d'associer le divin tout en travaillant la matière.

Selon la tradition hébraïque, seuls, les Prêtres étaient autorisés à prendre les décisions pour le bon fonctionnement de la cité. A la destruction du second temple, la fonction de Prêtre est supprimée, puisque plus de temple. Cette fonction est remplacée par les Rabbi, c'est à dire les Maîtres. A partir de cela, nous retrouvons dans le temple maçonnique, la même symbolique de l'Orient à l'Occident, nous retrouvons le Vénérable Maître, c'est à dire le grand Prêtre, jusqu'au Couvreur qui est le Gardien du Temple. Chaque Rabbi, chaque Maître a sa fonction propre dans la loge qui est la continuité de la fonction en charge des Prêtres du temple de Salomon. Chaque Maître se devant d'assurer sa charge pour le temps qui lui est donné dans le respect du rituel et des ordres reçus.

Pour résumer cette connexion entre la maçonnerie et la Kabbale, je vous dirais, mes Sœurs et mes Frères, que chacun d'entre nous doit vivre son rituel maçonnique tel qu'il nous est enseigné, pleinement, avec sagesse, force et beauté, cela veut dire avec bonté, rigueur et centralité. Nous nous devons tous fidélité, bienveillance et entraide. Et si, au travers de nos démarches personnelles dans nos loges, il nous arrive de nous poser des questions sur l'identité maçonnique, sachez qu'elle est le fruit de la rencontre de l'Esprit Saint et de la matière qui se dépouille de toute obligation et de toute contrainte terrestre. A l'ouverture de nos travaux, ne nous est-il pas rappelé que nous ne sommes plus dans le monde profane !!!  Très modestement, mes Sœurs et mes Frères, je vous invite à relire "l'ecclésiaste" qui nous donne là, un code de vie au quotidien nous permettant, de pouvoir à tout moment, en tout lieu, quelles que soient les circonstances, où nous sommes, de quitter le monde profane afin d'atteindre le sacré.

Kabbale et Maçonnerie

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